Liberté, Égalité, Fraternité !

La Commune de Roeser commémorera cette année le 25ième anniversaire d’un partenariat unique avec la Communauté Kolla de la Finca San Andrès du département d’Oran la Neuve dans la Province de Salta en Argentine.

Ce merveilleux ouvrage de mon ami Bernard Christophe retrace l’histoire de ce partenariat.

J’ai eu le grand plaisir et l’honneur de contribuer à ce livre avec la préface „Liberté, Égalité, Fraternité“.

Raymond Becker
Échevin de la commune de Roeser 1982-1997

« L’idée de solidarité humaine à l’échelle mondiale peut changer le monde, la solidarité, ce n’est pas seulement de la compassion. C’est un sentiment d’unité et de responsabilité commune. Nous devons en faire la base de l’ordre mondial contemporain (…) Nos rêves peuvent changer la face du monde mais ils doivent être accompagnés d’actions ». Lech Walesa

Un triptyque qui ne laisse pas indifférent.

On ne saurait mieux expliquer l‘esprit et la signification profonde du triptyque de la Révolution française que ne le font les quelques lignes qui suivent :

Devise de la République française, le triptyque « Liberté, Égalité, Fraternité », simple couverture morale pour les uns, idéal sans cesse à conquérir pour les autres, il n’a jamais laissé indifférent. Mais dans leur individualité, que signifient ces trois termes ?

La liberté s’applique dans de nombreux domaines de notre vie : liberté d’expression, de circulation, d’opinion, d’association, ou encore de mœurs. Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas. Elle consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.

L’égalité signifie que la loi est la même pour tous et que chaque citoyen est soumis aux mêmes droits et aux mêmes devoirs, sans discrimination.

La fraternité relève de la sphère de la communauté plus que de l’individu, et de l’obligation morale plus que du contrat. C’est un devoir que nous avons les uns vis-à-vis des autres. Il se traduit dans le fait d’agir dans un esprit fraternel et solidaire.

Cette devise républicaine est pour beaucoup et ce à juste titre le fondement de l’engagement citoyen.

Les années 80 : Une prise de conscience militante.

Après les élections communales de 1982, une nouvelle majorité avec un esprit ouvert, un engagement social et environnemental et des idées politiques claires et précises, a pris la responsabilité dans la commune de Roeser.

Ce fut l´époque de la construction de la centrale nucléaire de Cattenom et la commune de Roeser s’est dès le début engagée dans le mouvement anti-nucléaire luxembourgeois. Ce mouvement luttait et lutte d´ailleurs jusqu’à ce jour et avec un nouvel élan depuis peu, contre les centrales nucléaires et le nucléaire militaire autour de plusieurs thématiques : le respect de l’environnement, le respect de la démocratie et de la paix et la recherche d’alternatives énergétiques.

En 1987, la Commission des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement a publié le Rapport Brundtland, du nom de sa présidente, Gro Harlem Brundland, et l`a intitulé « Our Common Future ». Ce document est devenu la conception directrice du développement durable tel qu’on l’entend aujourd’hui encore. Le Rapport Brundtland constate que les problèmes environnementaux les plus graves à l’échelle de la planète sont essentiellement dus à la grande pauvreté qui prévaut dans le Sud et aux modes de consommation et de production non durables pratiqués dans le Nord. Il demande une stratégie qui permette de conjuguer développement et environnement. Ce processus est défini par le terme de «sustainable development», qu’on a traduit par la suite par «développement durable» et dont on donne la définition suivante :«Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la possibilité, pour les générations à venir, de pouvoir répondre à leur propres besoins». Cette notion du développement durable est vite devenue un pilier incontournable de la politique à Roeser.

Suite aux recommandations du rapport Brundtland, la conférence de Toronto intitulée „L’atmosphère en évolution : implications pour la sécurité du globe“ s’est tenue en juin 1988. A l’issue de cette conférence, les scientifiques ont affirmé que « l’humanité mène non intentionnellement une expérience mondiale incontrôlée dont les conséquences ultimes peuvent être de l’ordre de grandeur d’une guerre nucléaire globale ». Ils ont recommandé à l´époque une réduction des émissions de CO2 de 20% jusqu´en 2005. « Il faut agir » tel était le message clair et net des scientifiques lors de cette conférence.

Même si le concept de développement durable semblait flou et même si le message des scientifiques a été critiqué par les adeptes d’une croissance à outrance, une prise de conscience des menaces qui pèsent sur la planète était en train de se développer, tant auprès des politiques qu´auprès des citoyens. La survie de notre planète est intimement liée à nos activités, une évidence que nul ne pouvait plus ignorer.

Dès 1990 : Penser localement – Agir globalement.

« La mondialisation est un phénomène très ancien, vieux de cinq siècles. Ce qui me frappe, c’est de constater à quel point, encore aujourd’hui, nos schémas mentaux font que l’on reste très ignorants de l’étranger et du lointain, et très rétifs à s’y intéresser. D’une certaine façon, nous pensons encore comme au XVe siècle, avant la découverte de l’Amérique, comme s’il ne s’était rien passé depuis, et comme si l’échelle nationale restait la plus pertinente pour comprendre le monde. » Serge Gruzinski.

Deux évènements majeurs ont alors largement contribué à la naissance de l’engagement de la commune de Roeser aux côtés des communautés Kolla.

La création de l’organisation internationale « Alliance pour le climat – Alianza del Clima » en 1990 à Frankfort et la conférence sur l’environnement et le développement « Sommet de la terre » des Nations Unies à Rio de Janeiro en 1992.

L’Alliance pour le climat est un groupement entre villes et communes européennes et les peuples indigènes des forêts tropicales. Son but principal est la conservation de l’atmosphère terrestre. La commune s’est engagée avec toute une panoplie d’initiatives afin de sensibiliser et d’initier les citoyens à agir. Roeser est membre de cette Alliance internationale depuis 1991.

La Conférence de Rio de Janeiro a marqué un tournant décisif dans l’histoire de la planète. Elle a instauré une nouvelle dynamique notamment parce qu’elle a donné un sens à la notion de développement durable jusque-là plutôt vague. Dans son programme d’action « Agenda 21 » la conférence a fait appel aux communes afin qu`elles s’engagent pour définir un plan d’action pour un 21ième siècle sous le sigle du développement durable et pour faire participer un maximum de citoyennes et citoyens à ce processus.

Tel était l’amalgame d´idées, de discussions et de rêves qui a conduit à ce magnifique partenariat décrit dans ce merveilleux ouvrage. Lors de la réunion du conseil communal du 10 octobre 1992, une réunion pleine de chaleur et d’émotions, une déclaration de partenariat a été signée par tous les membres du conseil en présence d´une délégation Kolla. Quelques extraits de cette déclaration résument fort bien la volonté de notre démarche commune: « Nous reconnaître mutuellement égaux et libres selon les termes de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme; Affirmer notre droit à l’autodétermination de nos communautés dans le respect de nos traditions et cultures ; Nous promettre une entraide solidaire et réciproque afin de garantir nos droits susmentionnés et préserver notre environnement naturel constituant le fondement de notre existence. »

En guise de conclusion un message de Stéphane Hessel : « Aussi, appelons-nous toujours à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. A ceux et celles qui feront le XXIème siècle, nous disons avec notre affection : Créer, c’est résister. Résister, c’est créer. »

Je tiens à remercier Bernard Christophe pour ce magnifique et chaleureux récit de cette rencontre exceptionnelle entre les citoyens de la commune de Roeser au Luxembourg et des Communautés Kolla dans la Provence de Salta en Argentine.

Que vive ce partenariat : Adelante!