Quelle honte !

Piquet de solidarité
Paix, Justice, Démocratie pour le Soudan
Luxembourg
15.11.25
Prise de position pour la
Friddens- a Solidaritéitsplattform

Après la Seconde Guerre mondiale, la communauté internationale s’est fait une promesse : plus jamais de génocide. Une promesse qui n’a cessé d’être rompue. À différents endroits, Rwanda, Srebrenica, Tigray, Myabmar, Gaza, des massacres ont eu lieu que des observateurs qualifient de génocide. Et à chaque fois, le monde s’est demandé comment cela avait pu arriver.

Après plus de deux ans de guerre, le Soudan est aujourd’hui le pays de la crise humanitaire la plus importante et la plus dévastatrice au monde.

En raison de sa situation géographique entre le Proche-Orient, la région du Sahel et la Corne de l’Afrique, ainsi que de ses ressources minières, le Soudan est le théâtre de conflits géopolitiques.

Et l’Europe fait preuve d’une retenue notable. Les efforts diplomatiques n’ont manifestement pas été une priorité ces derniers mois. Pourtant, ce conflit, souvent qualifié de « guerre civile » entre deux armées, est fortement internationalisé et revêt donc une importance géopolitique considérable pour l’Europe. Dans ce contexte, il serait également souhaitable que l’Union européenne examine de manière critique son rôle dans ce conflit.

Dans ce pays qui compte environ 45 millions d’habitants, 30 millions de personnes dépendent désormais de l’aide humanitaire. Près de 13 millions de personnes sont en fuite, dont environ quatre millions à l’étranger.

Il semblait impossible que la brutalité envers les civils au Soudan puisse encore s’intensifier. Mais les images du massacre commis à El Fasher font frémir même les observateurs les plus endurcis.

De nombreux rapports suggèrent que beaucoup de personnes ont été violées, y compris des enfants, maltraitées ou tuées. Il est à craindre que ces atrocités commises à Al-Fascher se répètent ailleurs au Soudan. Les crimes de guerres vont se poursuivre sur fond d’effondrement humanitaire.

Nous devons partir du principe que la guerre a déjà coûté la vie à 150.000 personnes. Les images satellites révèlent régulièrement l’existence de fosses communes contenant des centaines de corps. Ceux qui ne sont pas victimes des combats, des bombardements, des meurtres à caractère ethnique ou d’autres persécutions succombent aux maladies et à la famine.

Nous appelons à la cour pénale internationale de La Haye d’enquêter sur les atrocités commises durant cette guerre et à traduire en justice les responsables de ces massacres.

Quelle honte : La cupidité pour les ressources naturelles soudanaises, notamment l’or, accélère la dénationalisation d’une région aussi grande que l’Europe du Sud. Pour mieux comprendre la guerre au Soudan, il faut effectivement suivre la trace de l’or. Ce métal jaune sert à financer massivement l’achat de matériel de guerre. Mais l’or taché de sang ne pose apparemment aucun problème à de nombreux pays fournisseurs d’armes.

Quelle honte : La communauté internationale ne parvient pas à imposer un arrêt immédiat de toutes les livraisons d’armes au Soudan. Amnesty International a constaté que des armes et des munitions récemment fabriquées ou transférées provenant de pays tels les Émirats arabes unis (EAU), la Russie, la Turquie, l’Égypte et l’Arabie saoudite. Et tous ceux qui veulent savoir le savent : les alliés occidentaux attisent massivement cette guerre en fournissant des armes et d’autres formes d’aide. Il ne faut guère cacher que ces livraisons d’armes et ce matériel militaire contiennent souvent de la technologie européenne.

Quelle honte : Nos gouvernements n’offrent guère plus que des déclarations de consternation et quelques sommes dérisoires provenant des budgets réduits consacrés à l’aide humanitaire. Aux oreilles des Soudanais, cela ressemble à une aumône pour leurs propres funérailles. Des milliards et des milliards pour un armement hystérique et on ne trouve pas les moyens à apporter une aide financière adéquate pour cette population civile qui vit un brutal cauchemar.

Quelle honte : La communauté internationale ne trouve aucun moyen diplomatique ou politique pour mettre fin à ce massacre contre la population civile. Il ne suffit pas de multiplier les condamnations, mais il faut faire quelque chose. Faites pression sur les pays livreurs d’armes, afin d’arrêter ce massacre.

Soyons clair : La solution globale dont le Soudan a besoin aujourd’hui ne peut découler d’un cessez-le-feu temporaire entre deux chefs de guerre.

Les belligérants assiègent les villes, tirent sur les hôpitaux, bombardent les camps de réfugiés. Malgré toute la haine qu’ils se vouent, ils sont unis par une immense soif de destruction envers leur propre population.

Mais celle-ci se défend. Non pas avec des armes, mais avec « Nafeer ». Au Soudan, ce mot signifie « appel à l’action collective ».

On sait également, grâce aux exemples de la Syrie, de l’Ukraine, du Myanmar ou du Yémen, que les sociétés civiles peuvent faire preuve d’une énergie considérable en cas de catastrophe et prendre en charge des tâches qui incombent normalement à l’État. Le cas du Soudan est exceptionnel, car les initiatives ont rapidement mis en place une structure démocratique directe. Comme exemple le plus pertinent l’„Emergency Response Room“. Ces « salles d’intervention d’urgence » offrent un abri où il n’y a plus d’aide. Si le monde vous laisse tomber, vous devez vous aider, c’est le principe derrière ces « salles d’intervention d’urgence ». La fondation Right Livelihood a décerné le prix Nobel alternatif cette année à l’« Emergency Response Room », ce prix récompense ceux que les Nobel oublient. Quel choix emphatique de cette fondation.

Pour le Soudan il faut en fin de compte un projet national de reconstruction dont la société civile soudanaise est un élément clé pour réussir : La mise en place d’une véritable justice transitionnelle et le renouveau d’un processus démocratique inclusif devront être des priorités.

Notre soutien pour la Communauté Soudanaise au Luxembourg.

Paix, Justice et Démocratie : Soutien à la société civile soudanaise.